ANIGHTWHENFATS
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Ma page d'accueil
(Glenn Gould)
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THE IDEA OF NORTH
Le Grand Nord. Un coin sans insectes. Glenn Gould, le dernier des Puritains, à part terroriser les vilains pêcheurs à coup de Beethoven à fond les hors-bords, et en dehors des expériences médicamenteuses, il aime bien faire de la radio. Il a monté des témoignages de personnes ayant vécu l'isolement du Grand Nord, comme une fugue, putain le mot "fugue" me paraît bizarre, est-ce que c'est comme ça que ça s'écrit ? C'est mon épisode fugu qui me traumatise... Ou alors mes péripéties d'enfant total... On va mettre fuga, "fugue" me choque la vision, j'ai la vision orthographique, y'a des exceptions, faut croire. Donc plusieurs voix entremêlées, une infirmière un maçon un anthropologue que sais-je, l'oreille peut entendre beaucoup plus d'informations à la fois qu'on ne croit, dit-il, le Glenn... Sans doute sans doute... J'ai fermé tous les volets, le jour me blesse, je ne vous souhaite pas ce genre d'appel du Grand Nord... L'icelui de nuit... J'écoute le Well-Tempered, je suis sûr que ça vous intéresse, Bach, mais pas trop, une seule fuga, ou deux, sinon ça m'épuise, m'essore le cerveau, me romprait les anévrismes, Glenn Gould est d'une précision, faut dire qu'il triche pas mal, mais pour la bonne cause, du coup ça les rend vraiment brutales les fugas, les préludes aussi vous me direz, mais c'est l'entrelacement dialogant des fugues, le plus insoutenable. Pour récupérer, j'écoute les mêmes par Richter, le genre grandes orgues, ça fait pas de mal, ça repose presque, provisoirement parce que c'est de la pure folie aussi, d'un véhément de grand isolé, toute autre tentative d'un son violent me fait pitié d'ailleurs, je m'en veux, vous savez, je préférerais trouver mon compte dans les gratouillis débiles dont il est bon d'afficher le goût fatigué... Je suis pourtant chanson comme gars, Bach est très chanson, c'est le gars simple, ou Monk, pareil, très chanson... Ou alors la Tureck, totalement humble, juste le souci de faire passer l'essentiel, en toute clarté, sans passer par l'Enfer... Un coup à vous faire rouvrir les volets... Les femmes sont comme ça... Veulent vous réconcilier avec le monde... Elles ont bien raison... Mais c'est plus fort que moi, je reviens toujours vers l'horreur absolue, le Grand Nord, la confrontation seul à seul, l'an 2000 c'est vraiment l'idéal pour jouer Bach, je devrais m'y mettre pour de bon, l'angoisse baroque est à son comble, on parle naturellement le même langage.
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(Billie Holiday)
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PYTHAGORE
C’est dimanche. Le jour qui apprend aux enfants que l’on va tous mourir. Je me suis pris vous savez, y’a des vérités comme ça qui ne passent pas par nos sens, et qui vous explosent en pleine gueule, quand même, un jour de chance… C’est dommage, j’arrive pas à retrouver le cheminement. Mais l’idée rejoint celle de Littell, deux T deux L, ses Bienveillantes, et donc l’horreur que sous-jasce l’arithmétique, l’addition, l'unité Juif ou Russe ou Allemand tué/minute. Et bon, ça fait deux mois que je me suis coltiné les calculs de Littell, les ceux du début, de la Toccata, deux mois, un mois, et je ne sais plus comment je me suis pris à m'en taper la tête contre les murs la nullité absolue de ma vie, de la plupart de nos vies, ce qui expliquerait d'ailleurs vos blogs de merde. C'est horrible, la vie de l'humain, en accéléré exterminé comme en pilote automatique bien con bien mauvais. Je crois que c’était au supermarché. Je suis si solitaire que c’est là que je sociabilise. « Il n’y a plus de papier » dis-je à qui veut peser ses tomates, comme s'il ou elle s'apprêtait à chier sur la balance. Ou à la caisse « vous permettez ? juste deux centimètres cubes d’air entre vous et moi, le temps que je range mes courses, compose mon code ? » aux connards qui ne voient pas que vous n'êtes pas encore parti, qui kiffent le je suis sur ta gueule et ça m'indiffère, je sais au moins maintenant que t'as une carte electron, je connais ton code et je me réjouis de ta mouise avec ta belle gueule et ta veste italienne, zyva moi aussi je suis pressé, gigolo ! parigot ! Les vieux surtout... La caissière me regarde comme si j’avais libéré sa normandie. Ou les gros yeux « hey, bonhomme tu permets que je range mes courses ? », à l’adresse du chiard qu’une mère épuisée laisse me faire chier. L’arithmétique hors massacre reste horrible. J’ai pensé à toutes ces vies D’UN SEUL COUP. A toutes les vies de tous les hommes, toutes les femmes aujourd’hui vivants. VIVANTS ? Bref, la banale angoisse métaphysique, pourquoi ça plutôt que rien, mais qui m'avait encore jamais transpercé si violemment. Qu’est-ce qui vous anime vous ? qu’est-ce qui t’anime, toi ? Après qu'Aue, le narrateur des Bienveillantes, lui a raconté l'histoire de Nahum ben Ibrahim, ce vieux Bergjude qui sachant où il devait mourir, lui avait demandé de l'y accompagner, de faire creuser sa tombe et de le tuer, l'air de dire, vous pouvez bien me tuer, tous nous tuer, vous ne prendrez pas ma vie, Hohenegg, le très détaché docteur tout pour la science, lui répond : "Un sage, ce Nahum ben Ibrahim... Nous pouvons l'envier. (...) Voyez-vous, il y a à mon sens trois attitudes possibles devant cette vie absurde. D'abord l'attitude de la masse, hoï polloï, qui refuse simplement de voir que la vie est une blague. Ceux-là n'en rient pas, mais travaillent, accumulent, mastiquent, défèquent, forniquent, se reproduisent, vieillissent et meurent comme des boeufs attelés à la charrue, idiots comme ils ont vécu. C'est la grande majorité. Ensuite, il y a ceux, comme moi, qui savent que la vie est une blague et qui ont le courage d'en rire, à la manière des taoïstes ou de votre Juif. Enfin, il y a ceux, et c'est si mon diagnostic est exact votre cas, qui savent que la vie est une blague, mais qui en souffrent. C'est comme votre Lermontov, que j'ai enfin lu : Jizn takaïa poustaïa i gloupaïa choutka..." La mammifèritude des « gens » qui achètent leur came au supermar. J’ai si peu d’horaire que je ne reconnais jamais personne. C'est ça aussi que je remarquai ce jour-là. Le fait que même dans un tout petit endroit et avec une excellente mémoire, les visages se renouvellent à l'infini... comme de vrais petits blogs, vous en avez entendu parler... J’ai fini par céder à la facilité, je vais au plus près. Avant, quand j’étais barbouze, je changeais systématiquement de magasin. Pareil pour les bars… Dès que je faisais une rencontre, je désertais l’endroit… Du coup, maintenant c'est : "Vous avez la carte SUE ?..." Ce qui me fatigue c'est de prendre un style NON tombé des nues pour une sadique qui sait pertinemment que je ne l'ai pas, que je ne veux pas en entendre parler, que faire des économies me révulse, que ça fait deux cent mille fois que ce sujet a été abordé entre nous. Non mais mesurez ! mesurez l’impact de cette arithmétique ! d’un seul coup ! six milliards, bientôt huit, bientôt quinze ! zéro ? et au final ? des consommateurs ? putain des indiens ! des chinois ! des auvergnats ? ou plus rien ? des cadavres ?... en attendant, des gens qui font la queue à la caisse des supermars. Des orientés commerce équitable, des de la picole, des des sucreries… Pourquoi ça plutôt que rien... peut-être que ça et rien, c'est la même chose, maintenant. Combien meurent quand tu composes ton code, combien naissent ? L'arithmétique. C’est sûr, fin de nuit blanche tequilée, je prends ma voiture, il n’y a que la beauté pure du Grand Tout qui vous concerne. Ce petit matin, au point mort dans la côte, là sur l'Océan, vous voyez des gens je veux dire collaborer en équipe, en amis, cool, ou en professsionnels, sur des bateaux à voiles, le soleil se lève, ta bagnole pourrie tousse, t’emmènera prendre le cognac du juste, sur le port, chez les prolos, pas chez ces sportifs de merde. Mais l’étonnement est là après le JT : des hommes s’amusent encore du vent, de leurs machines. Ensemble. Je veux dire sans se foutre à la baille par pur plaisir du massacre. Y'a plusieurs résidus, hein. L’ambiance est certes plutôt belle famille catholique, et si on en a pas on met quand même un peu le ciré du coin. Et puis y’a les pêcheurs, et des qu'ont oublié l'alphabet, et les convoyeurs ! Ces gars complètement foutus sur terre, des junkies, des biberonneurs de rhum 55 au réveil, pour être sûr, des blessés, des qu'arrivent plus à se plier, des dépassés, des violeurs, des nostalgiques mais des Princes sur mer, des exemples du génie de l’Homme. Comment t’expliques ça toi ?
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(Miles)
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CHE NON E GIUSTO AVER CIO CH'OM SI TOGLIE. *
Orgueil et Mensonge par la main me mènent au bar Le Suicide. Ils me présentent le tôlier, Minos, qui, en signe de bienvenue, arrache le doigt d’un client geignard et me sert un verre du sang noir qui s’écoule lentement. Je le bois cul sec. Tous les clients ont les pieds moulés dans le parquet et sont assaillis par d’énormes bestioles qui volètent autour d’eux, leur picorent le dos en riant affreusement. Excepté Minos, ils me ressemblent tous, trait pour trait. Je demande un autre verre. Minos arrache un nez semblable au mien, et me ressert de sang noir. Il me jauge et semble accepter l’idée que je ne sois qu’un client de passage. Orgueil et Mensonge me cajolent, m’installent confortablement. Ils se tiennent bizarrement, bras dessus bras dessous, me regardent avec admiration, comme s’ils voulaient me distraire de quelque chose. Je me sens perdu, sans mémoire, sans sensation, je commence à m’arracher les cheveux, à sanglotter pitoyablement, je me saisis d’un poignard posé sur le "zinc" en ébène, j’entends un éclat de rire effrayant et du sang noir perle de mon épaule gauche. Une de ces bestioles m’a mordu. Mes pieds commencent à se figer dans les nœuds du parquet, mais j’ai l’impression de pouvoir encore m’extraire de cette gangue, en putain de pierre précieuse que je suis. Minos me regarde, curieux de ce que je vais faire, Orgueil et Mensonge me litanient des « O ma pierre précieuse » et se prosternent à mes pieds. Je peux enfin voir ce qu’ils me cachaient : un vieux Pleyel qui saigne comme le cèdre que j’ai abattu ce matin, délesté miraculeusement mais provisoirement de leur étroite surveillance. Minos me sourit, j’abandonne le poignard pour la hâche qu’il me tend, je décapite Orgueil et Mensonge, retrouve l’usage de mes pieds, et m’asseois au piano. * "car il est injuste d'avoir ce qu'on jette."
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(Duke Ellington)
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